La maison de Charles Pecqueur. [Vue générale]

ARTISTE : Pecqueur, Charles (1908-1991)

SITE : La maison de Charles Pecqueur, le caveau d'attente au cimetière communal, la maison des parents de Charles Pecqueur, le rond point du carrefour du CD 722.

LOCALISATION : 26 rue du Maisnil , 42 rue du Maisnil et cimetière communal à Ruitz (Pas-de-Calais)

CRÉATION : à partir de 1963

MATÉRIAUX : grès, faïence, ciment armé, peinture, fer

STATUT DU SITE : existant; seul le rond point a disparu.

PÉRIODE D'OCCUPATION:  1933-1991





IMAGES :

DESCRIPTION DÉTAILLÉE :

"Je suis né le 31 mai 1908 à Bruay-en-Artois.
Ma mère je l'ai pas connue.
Elle est morte quand j'avais dix-huit mois. 
Mon père s'est remarié avec la belle-maman : c'était elle qui m'appelait P'tit Charles. Je ne poussais pas quand j'étais jeune, je suis quand même arrivé à 1,87 mètre. 
Eh oui fallait toujours qu'elle achète ce qu'il y avait de mieux pour P'tit Charles. 
En tout et pour tout je n'ai eu que deux ans et demi de classe.
En 1914 j'avais six ans, en peu de temps les Allemands sont arrivés chez nous. On a fermé nos écoles pour en faire des hôpitaux d'attente.
Il y avait bien un cinéma, ils ont essayé d'en faire une école mais on était deux cents dans la même pièce, c'était populeux notre région.
En 1921 je prenais mes treize ans le 31 mai, huit jours après je descendais au fond à 475 mètres, j'y suis resté trente-sept ans.
Après mon mariage on est venus habiter, en 1930, à Ruitz, à la maison du grand-père.
Puis en 1933 si je fais le calcul on est venus s'installer ici : c'était une maisonnette, il y avait la cuisine où il y a le couloir, une pièce et une autre au-dessus. Maintenant on en a quatorze.
Quand je faisais mes transformations il y en a des curieux qui demandaient à ma femme :
- Pourquoi il fait ça votre mari ?
- Je sais pas, elle leur disait.
- Mais vous lui avez pas demandé?
- Ben oui, disait ma femme.
- Et qu'est-ce qu'il vous a répondu?
- Eh bien qu'il ne savait pas !
Je faisais aussi de la décoration.
J'avais décidé de me construire un garage. Une fois qu'il a été fini d'embellir, ma femme elle me dit :
- Tu ne trouves pas que tu exagères un peu, même le général de Gaulle il n'en a pas un comme celui-là.
- T'as peut-être raison que je lui ai dit. Alors j'en ai fait ma galerie et j'ai été obligé d'en construire un autre à la maison du grand-père.
A vrai dire, tout ça je le faisais sans avoir rien appris : ces travaux-là c'était une affaire d'y mettre un peu de goût. De jeunesse, j'aimais bien le dessin. Pareillement, j'ai pas appris la musique, mais je gratte un peu de tout, le banjo, le violon.
Il faut aussi vous dire que j'avais écrit une pièce de théâtre : Des frères ça s'appelait, pièce en trois actes qui se passait au fond de la mine.
Il y avait bien à pleurer dans cette histoire ; vers la fin le personnage que j'interprétais disait : "Ça sent le grisou!"
Alors c'est tout le décor qui s'écroulait sur le pauvre ouvrier avec l'explosion. La scène suivante se passait dans un hôpital, les mineurs venaient prendre des nouvelles de leur camarade et y en a un qui disait "Et si on chantait une petite chanson" :
sois fier ouvrier
ton œuvre est féconde
sans toi que deviendrait le monde
ne rougis pas de ton métier
sois fier ouvrier (bis)
Les représentations, nous les jouions pendant l'occupation dans les petites communes de la région, au profit des prisonniers.
A la même époque nous avons monté une équipe de football qui était pour dire la couverture de notre activité de résistance, dont je suis sorti lieutenant.
Vous voyez comme ça l'histoire : à la Libération, le groupe de ceux avec qui nous avions combattu et qui je dois vous dire n'était pas toujours des mêmes idées que les miennes, m'a de¬mandé de former une liste aux élections. Je fus dans la suite élu maire de Ruitz. Je suis peut-être le seul en France à avoir été élu maire commu¬niste et en même temps, j'étais suisse à l'église.
Je m'intéressais à tout quand j'étais maire, ça me plaisait de me rendre compte comment les affaires se dépatouillaient. Et puis comme toujours, ça c'est chez moi, fallait que je donne quelque chose de plus. En 1963 avec mon ouvrier de la commune, nous avons réalisé le tombeau provisoire au cimetière.
C'est en ce temps-là qu'on avait aménagé au milieu du bourg le carrefour du CD 722. Il n'y avait pas de rond-point rien qu'un terrain débarrassé, il m'est venu l'idée d'y faire quelque chose pour la beauté.
J'ai retroussé mes manches à faire le maçon.
On a mis une vasque en grès, il devait y avoir des jets d'eau qui devaient se croiser au-dessus des statues de Blanche-Neige et des nains, et retomber dans la vasque. J'avais fait les arcades, Blanche-Neige et les animaux avec des matériaux périclités car j'ai toujours eu un principe : fallait pas que ça coûte au contribuable.
Pour rembourser les frais j'avais prévu un appareil qui disait : si vous voulez savoir l'histoire du rond-point glissez un franc, et les visiteurs auraient appris que les embellissements avaient été aménagés en l'honneur d'Henri Legay notre chansonnier compositeur de la chanson de l'Artois, qui était un fils de la commune. Il y aurait eu un autre appareil un peu plus bas, celui-là pour les enfants qui aurait dit : Si vous voulez connaître l'histoire de Blanche-Neige glissez une petite pièce. Ainsi tout le monde aurait pu être satisfait.
Il faut vous dire à ce moment les élections n'ont pas donné de très bons résultats pour ceux de notre liste : je n'ai pas voulu être élu maire.
J'avais aussi prévu d'autres beautés, sur les trottoirs on aurait mis les fables de La Fontaine et de Victor Hugo, tout cela dans l'esprit de montrer aux jeunes ces grands poètes qui nous ont laissé quelque chose.
Comme on m'avait empêché de terminer (entre parenthèses : les sujets du rond-point ont été détruits et c'est pour beaucoup de choses comme ça : ceux qui n'ont pas transpiré pour le faire il prenne ces choses-là pour du matériel), j'ai continué des embellissements dans ma maison.
Ma fresque je l'ai commencée une fois que j'ai plus été maire, j'ai été deux ans occupé à cette affaire.
A cette époque j'ai pu réaliser de mes mains un bon nombre de sujets en béton peints.
Si j'avais eu un peu plus de place, j'aurais continué et par exemple j'avais l'idée de me faire une petite mine, j'aurais pu l'installer dans le jardin, mais je voyais que ma femme bien qu'elle n'ait jamais rien dit à ce sujet, ça lui plaisait pas trop.
Il y a encore une chose qu'il ne faut pas que j'oublie : dans tout ce que j'ai fait il y a les proverbes :
- Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu es.
- Mieux vaut donner que recevoir.
Tout ça me vient de ma belle-maman, elle avait un cahier où elle écrivait tout ce qu'elle avait lu qui lui avait bien plu. Des fois elle m'appelait : P'tit Charles, viens ici. Alors je m'asseyais sur ses genoux et elle me faisait de la lecture. Eh oui! Eh oui!... 
Maintenant je travaille encore à la peinture en amateur, je n'suis pas un artiste, je n'ai rien de l'école des artistes.
Celui qui est sculpteur ou peintre il a du matériel convenant à ce qu'il fait, moi j'ai fait tout ça avec des matériaux plus ou moins fins.
Ça peut pas être autrement que ça, des fois j'explique, mais ça s'explique pas, en faisant mes peintures je me parle de tout ça." (source : Guide de l'art insolite : Nord-Pas-de-Calais, Picardie / Francis David. - Herscher, 1984).

Charles Pecqueur réalise le tombeau d'attente au cimetière communal en 1963, la fresque de son jardin de 1965 à 1966, le rond-point de 1965 à 1966 (détruit en 1968), l'entrée de sa maison en 1966, Popeye de 1967 à 1968.

SERVICE DU PATRIMOINE CULTUREL, REGION HAUTS-DE-FRANCE : :

 
 

BIBLIOGRAPHIE :

Articles
- LOYER François, Fééries en béon peint in L’œil n° 201/202, septembre - octobre 1971.
- LORENZI Antoinette, Les merveilles de Charles l'enchanteur in Le Matin, quotidien du Nord et du Pas de Calais. 13 juillet 1981.
- LASSUS Bernard, Les habitants-paysagistes et le démesurable in Couleur, lumière...paysage, instants d'une pédagogie. Paris : Monum, Editions du Patrimoine, 2004.
- LE DANTEC Jean-Pierre. Charles Pecqueur (1908-1991) in Dix jardiniers. Arles : Actes Sud, 2012.
- MERCIER Agnès, Ruitz : les «bizarreruitz» de Charles Pecqueur jalonnent encore la commune in La Voix du Nord, 14/08/2014.

Monographies
- LASSUS Bernard, Jardins imaginaires. Paris (Presse de la Connaisance), 1977.
- LACARRIERE Jacques, Les inspirés du bord des routes. Seuil, 1978.
- DAVID Francis, Guide de l'art insolite, Nord - Pas de Calais, Picardie. Paris : Herscher, 1984.
- HUNT John Dixon, WOLSCHKE-BULMAHN Joachim, The vernacular garden. Dumbarton Oaks research library, 1993.
- CONAN, Michel, Landscape Design and the Experience of Motion. Washington : Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 2003.
- GUILLAUME Elodie, La création d'une esthétique populaire par les habitants paysagistes du Nord - Pas de Calais. [s.l.] : [s. n.], 2006.
- Inventaire général du patrimoine culturel, D'étonnants jardins en Nord-Pas-de-Calais. Editions Lieux Dits, 2015.
- MONTPIED Bruno, Le gazouillis des éléphants : Tentative d'inventaire général des environnements spontanés et chimériques créés en France par des autodidactes populaires, bruts, naïfs, excentriques, loufoques, brindezingues, ou tout simplement inventifs, passés, présents et en devenir, en plein air ou sous terre (quelquefois en intérieur), pour le plaisir de leurs auteurs et de quelques amateurs de passage. Paris : Editions du Sandre, 2017. 


MOTS-CLÉS : Mine; Littérature; Cinéma; Animaux sauvages, Chasse, Ferronnerie, Peinture, Céramique, Ciment



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